Expressions et organisation des personnes adoptées d’origine étrangère en France

Hélène Moon-Hee LAFFITTE est doctorante au TEMOS (FRE 2015) sous la direction d’Yves Denéchère. Elle y effectue un travail de thèse sur le sujet « Expressions et organisation des personnes adoptées d’origine étrangère en France. ».
Pour mieux comprendre

La France a accueilli un nombre important d’enfants adoptés d’origine étrangère, qui sont devenus adultes aujourd’hui. Pendant longtemps, les médias les ont filmés à travers des documentaires et des reportages dans leurs familles adoptives, mettant en avant les témoignages de parents, qui les avaient adoptés. Le temps passant et les générations d’enfants devenant adultes, les personnes adoptées ont revendiqué un droit à la parole, à l’expression de leurs vécus et de leur ressenti et se sont rassemblées pour porter communément leur voix sur la scène sociale. Ainsi plusieurs organisations d’adoptés se sont créées, depuis les années 1990. En 1995, Racines Coréennes, l’association française des adoptés d’origine coréenne, est fondée par deux adoptées d’origine coréenne, Yolaine Cellier et Marie  Franville, qui ont deux objectifs : se retrouver autour de deux pays communs, la France et la Corée, et recueillir les témoignages des adoptés sur leurs vécus et leurs expériences. Depuis les années 2000, d’autres associations d’adoptés se sont créées. En 2005, La Voix des Adoptés, est créée à l’initiative de deux jeunes adoptées péruviennes, Céline Giraud et Elsa Fromageau. Contrairement à Racines Coréennes, la Voix des Adoptés regroupe les adoptés de toutes les origines, y compris les adoptés nés en France. En 2012, nait le Conseil national des adoptés, sous l’impulsion de Hélène Charbonnier (adoptée d’origine coréenne), Ivann Lamy (adopté d’origine chilienne) et Cécile Février (adoptée d’origine colombienne), il n’a pas de « revendications », mais souhaite être associé aux réflexions sur l’adoption et particulièrement sur la post-adoption. En 2012 et en 2014, sont fondées l’association Des Racines naissent des Ailes (Adoptés d’Ethiopie), et l’AFOR (Adoptés de Roumanie), par Laura Giraud.
Parallèlement, se développent d’autres formes d’expressions, notamment sur Internet, qui prend une ampleur de plus en plus importante, avec la création de blogs, sites Internet, forums… Certains adoptés s’expriment aussi à travers des films documentaires, qu’ils ont eux-mêmes réalisés, ou des bandes-dessinées, comme par exemple, Couleur de peau : miel, du dessinateur Jung.

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L’objet de la thèse sera donc d’étudier comment les personnes adoptées ont pu s’exprimer en tant que telles, et pourquoi elles ont voulu s’exprimer. Quelles ont été leurs motivations et envers qui ont-elles voulu s’exprimer ? Donc, il s’agira de s’interroger sur le sens de cette parole et des enjeux qu’elle implique autant dans la sphère publique et sociale (institutions, lois, médias), que dans la sphère intime et psychologique (identité, construction de soi, craintes…). Cette question de la parole nécessite pour se faire entendre celle des conditions de possibilité de sa réalisation, à travers une organisation. Il faudra comprendre ce choix de s’engager dans une association pour certains adoptés, ou de ne pas le faire, pour d’autres, ce qui relève d’une situation de droit. Mais, cela nous amène à penser la question de ceux qui ne peuvent pas s’exprimer, de fait, par exemple, les adoptés à besoin spécifiques.

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