Colloque « Question sociale et citoyenneté », UQAM, Montréal

Le programme EnJeu[x] est associé au colloque Question sociale et citoyenneté qui vient de se conclure à Montréal (UQAM).

David Niget, coresponsable de l’axe 4 « Droits, citoyenneté » d’EnJeu[x], et Yves Denéchère, directeur d’EnJeu[x], ont tous deux proposé une communication à ce colloque international qui en a compté une trentaine, réparties en 10 panels et trois sous-thèmes: identité, normes sociale et histoire de la formation de L’État. David Niget est également membre du comité d’organisation.

Yves Denéchère: L’enfance et la fabrique de citoyens français pendant et après la guerre d’Algérie l’Association Jeunesse à Alger et en France (1957-1980)

L’Association Jeunesse est créée à Alger en 1957 dans le but de recueillir des enfants algériens isolés et de leur apporter une formation assurant leur avenir. Cette entreprise sociale n’est pas exempte de dimension politique : il s’agit aussi de préparer ces garçons à devenir des citoyens français à part entière. Ainsi, les jeunes sont invités à changer leurs prénoms arabes ou berbères pour des prénoms français, voire à changer même de nom, à confirmer leur nationalité française et à renoncer à la citoyenneté algérienne ; ils effectuent leur service militaire sous les drapeaux français. La communication interrogera la fabrique de la citoyenneté associée à une réponse à la situation sociale de la guerre d’Algérie – où les enjeux sociaux autour de l’enfance et de la jeunesse sont exacerbés -, puis son prolongement en temps de paix. L’enquête tente de cerner les intentions biopolitiques, les motivations idéologiques et les modalités pratiques qui transforment des enfants nécessiteux d’Algérie en citoyens français, comme si c’était une victoire au-delà de la fin de l’Algérie française.

David Niget: Sciences du psychisme et citoyenneté dans les institutions de rééducation pour jeunes délinquantes en France et en Belgique (1945-1970)

Cette communication se propose d’analyser l’influence de l’expertise des sciences du psychisme au sein de la justice des mineurs en France et en Belgique après la Seconde Guerre mondiale. Nous examinerons en particulier la construction de cette expertise à travers les pratiques quotidiennes de l’ « observation médico-pédagogique » des jeunes filles délinquantes dans deux institutions différentes : l’Établissement d’observation de l’État de Saint-Servais en Belgique et la Section d’observation du Bon Pasteur d’Angers, en France, entre 1945 et 1970.

La pratique de l’expertise médicale et psychologique modifie très largement le fonctionnement de la justice des mineurs après guerre, bouleversant l’étiologie de la délinquance juvénile et créant un nouvel espace d’intervention pour les experts.

Les implications de cette irruption des sciences du psychisme dans le dispositif judiciaire sont doubles et paradoxales, favorisant d’une part une meilleure compréhension de la subjectivité des acteurs et mettant à l’ordre du jour leur autonomisation sous les termes d’une citoyenneté à construire, mais consacrant dans en même temps la subjectivation des jeunes au nom des théories psychanalytiques et les maintenant de ce fait dans une position subalterne dans les institutions de rééducation. En outre, le caractère genré de cette expertise renforce encore les effets contradictoires du traitement institutionnel.

Notre principale interrogation portera sur cette injonction paradoxale à la citoyenneté à l’heure de l’avènement d’une expertise assujettissante, mais aussi sur les stratégies et capacités d’agir des jeunes face à ces nouvelles pratiques, entre soumission et subversion. La citoyenneté sera ainsi conçue à la fois dans sa dimension normative telle qu’elle est énoncée dans les institutions après-guerre, mais aussi comme un outil d’analyse historique pour envisager les capacités des « mauvaises filles » à faire évoluer les normes sociales.

Retrouvez en cliquant sur leur nom les entretiens complets avec Yves Denéchère et David Niget publiés sur le blog du colloque.

 

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